
”Vous verrez le ciel ouvert”. Jean 1;51
Le silence est blanc dans son nimbe de douceur et de paix, tandis que je vaque aux gestes quotidiens. Je souris aux objets, savoure le passage du temps comme une caresse, ma vue, mon ouïe, mon odorat, mon toucher sont les vecteurs de joies et de perceptions indiciblement gracieuses.
Mon esprit est perdu dans un océan de bonheur fluide. Lumière, clarté, âme devenue tactile qui contemple le spectacle infini et bienheureux, explore instantanément les millions de relations intimes de l’amour, de la lumière, de la joie, de la paix, de la beauté, de la bonté, de la vérité, chacune comprise comme une composante de chaque autre.
Et l’ensemble me montre un être.
Amour éternel. Sourire de béatitude baignant l’âme-enfant.
Candeur émouvante à l’infini, douceur d’enfant. Illuminique bonté qui s’épanche généreuse dans mon cœur et le ravit d’une jubilation sereine et absolument, éternellement, infiniment, indescriptiblement , incomparablement paradisiaque.
Je sais que l’expérience est spirituelle en cela que je ne cesse de prier, des jours et des nuits. C’est à dire que je chante, que je m’exclame d’émerveillement, remercie, louange, adore à m’y perdre, élève les mains, ferme les yeux, offre mon cœur de tout mon cœur à cette lumière vivante et vivifiante.
Je suis béat, mais bien présent, plus que présent à tout, plus que jamais incarné et réel, plus que jamais présent à tout. A ma cuisine, à chaque détail de chaque instant qui m’apparait enfin pour ce qu’il est vraiment : un miracle sans fin recommencé.
Chaque verset de l’Ecriture éclaire chaque autre en une mise en abîme instantanée et qui m’emporte dans une contemplation qui s’élargit sans fin. Je lis dans mon esprit les versets qui se répondent et s’éclairent les uns les autres, se répondant, lumières exposant d’autres lumières. A la vitesse de la lumière je comprends, “vois” perçois le cœur du sens. Il m’est offert le spectacle d’un ÊTRE indiciblement divin, (miel, chaleur, soleil, océan de saphir doré, “brillements” de beautés morales, chaleur qui infuse l’amour, vérité bonne, bonté belle, beauté de bonté…) sublime, délicat, attentionné, radieux, mille fois solaire et pourtant doux, logique, cohérent, d’une simplicité infigurable, hors de dimension (Et la profondeur, Ô ciel la profondeur !) dont la profondeur qui, de merveilles en merveilles franchit de la beauté tous les infinis et devient transfinie.
Je suis muet. Les yeux me brûlent un peu. J’ai l’impression que mes gestes sont ralentis par ce plaisir, que la lumière qui me baigne est devenue tangible et ralentit mes mouvements. Je suis INFINIMENT heureux. Il n’y a au monde et aux cieux aucune borne à cette allégresse, qui reste calme, abyssalement calme et ravie.
Voilà maladroitement esquissé ce que j’ai vécu régulièrement en plusieurs épisodes sur plusieurs mois.
Ce fut ma véritable naissance.
(Imaginez que les réalités morales, par exemple amour, bonté, douceur, etc, soient représentées par des lignes. Là où toutes ces parallèles se rejoignent et deviennent une, deviennent un point, une “super qualité” qui les englobe toutes en une, c’était là, c’était Lui. Toutes en une seule lumière, une et pourtant distinctes. (Plus que distinctes, admirables, divines, superlifiques.) Chacune formant le noyau de chaque autre. Chacune contenant la totalité de l’autre… C’est indicible. C’est hors langage, c’est hors mental. Je ne puis d’ailleurs me le représenter, car c’était un don. Une fois le don non pas retiré mais voilé, on ne peut, on ne sait, on ne dit. On se souvient que c’était parfait. (se rappeler, le verbe prend tout son sens ici) On se souvient seulement du paradis que c’était.)